UN OBUS DANS LE COEUR
Texte : Wajdi Mouawad
Edition : Acte Sud jeunesse / Leméac
Mise en scène : Laurent Mascles
Musique originale : Aël Belorgey-Daher
Création lumière : Maël Hervé
Avec : Laurent Mascles
Durée : 1h15
Dans la nuit, un homme se précipite vers l’hôpital où sa mère est en train de mourir.
Dans cette course urgente, les souvenirs affluent : l’enfance marquée par les silences et la colère, mais aussi l’ombre persistante de la guerre et de l’exil qui ont façonné leur histoire familiale.
Chaque mot, chaque geste, devient un éclat de mémoire dans l’obscurité, révélant à la fois les blessures invisibles et les liens indéfectibles qui les unissent. Face à la mort imminente, il cherche à comprendre celle qui lui a donné la vie, à mettre en mots ce qui les a séparés autant qu’unis.
Avec Un obus dans le cœur, Wajdi Mouawad signe un monologue intense, incandescent et bouleversant, où se mêlent douleur, amour, mémoire et réconciliation. Ce texte explore les blessures transmises de génération en génération, la fragilité des liens familiaux et la quête universelle d’identité. Poétique et profondément humain, le récit interroge la manière dont le passé façonne le présent et comment les traumatismes, malgré leur poids, peuvent devenir source de compréhension et de résilience.
Entre intime et universel, Mouawad nous offre une œuvre où la voix d’un fils devient le miroir de toute une humanité confrontée à la perte, à l’exil et au souvenir.
Note d’intention
Un obus dans le cœur de Wajdi Mouawad
Mettre en scène Un obus dans le cœur, c’est faire entendre une parole qui n’a jamais eu le temps d’exister. Une parole coincée entre l’urgence de la mort et le poids du passé, entre un fils et une mère, entre la guerre et l’amour.
Ce texte n’est pas un récit : c’est une déflagration intérieure. Un homme court vers l’hôpital où sa mère est en train de mourir, et dans cette course, tout remonte — les silences, les colères, les souvenirs d’enfance, l’exil, la violence du monde. Le personnage ne cherche pas à raconter sa vie ; il cherche à survivre au moment qu’il traverse. Chaque phrase est une tentative pour ne pas s’effondrer.
La mise en scène part de cette urgence. Le plateau est pensé comme un espace mental, un lieu de projection de la mémoire. Il n’y a pas de décor réaliste : le monde extérieur importe moins que le tumulte intérieur. La scène devient le lieu où se croisent le présent (l’attente de la mort), le passé (la guerre, l’enfance) et l’imaginaire. Je veux que le spectateur entre dans la tête du personnage, dans sa tempête.
La relation mère-fils est au cœur du projet. La mère n’est pas seulement une figure aimée ou haïe : elle est une survivante. Elle porte la guerre en elle, et cette guerre s’est transmise, de manière invisible, à son fils. Un obus dans le cœur parle de cette transmission des traumatismes: ce qui n’a pas été dit, ce qui n’a pas été pleuré, ce qui a été enfoui mais continue de brûler. Le fils hérite d’une violence qu’il ne comprend pas toujours, mais qu’il porte malgré lui.
J’ai choisi une esthétique sobre et poétique, où l’image ne vient pas illustrer le texte, mais l’accompagner. La neige, le froid, la nuit, la lumière et l’ombre composent un paysage intérieur: celui d’un homme qui cherche, au cœur de l’hiver, une chaleur, une réconciliation, une dernière parole à offrir à sa mère. Le feu – symbole de la guerre, mais aussi de l’amour et de la vie – traverse le spectacle comme une tension permanente entre destruction et désir de vivre.
Le travail de l’acteur est central. Il ne s’agit pas de jouer la souffrance, mais de lutter contre elle. La parole jaillit souvent malgré lui, comme si le corps ne pouvait plus contenir ce qui brûle à l’intérieur. Le spectateur est placé au plus près de cette lutte intime : il n’assiste pas à une histoire, mais à une traversée.
Cette mise en scène cherche avant tout à créer une rencontre : entre un texte profondément humain et des spectateurs qui, chacun à leur manière, portent leurs propres héritages, leurs propres silences, leurs propres « avant ». Car ce que dit Mouawad, au fond, c’est que nous sommes faits autant de ce qui a eu lieu que de ce qui n’a jamais été dit.
Un obus dans le cœur est un cri, mais c’est aussi une tentative d’amour. Une manière, peut-être, de réparer.
Wajdi MOUAWAD

Né en 1968, l’auteur, metteur en scène et comédien Wajdi Mouawad a passé son enfance au Liban, son adolescence en France et ses années de jeune adulte au Québec avant de vivre en France aujourd’hui.
Il prend en 2000 la direction artistique du Théâtre de Quat’Sous à Montréal pour quatre saisons. Associé avec sa compagnie française à l’Espace Malraux, scène nationale de Chambéry et de la Savoie, de 2008 à 2010, il est en 2009 l’artiste associé de la 63ème édition du Festival d’Avignon, où il propose le quatuor Le Sang des Promesses. Il est directeur artistique du Théâtre français du Centre national des Arts d’Ottawa de 2007 à 2012. De septembre 2011 à avril 2016, il est artiste associé au Grand T – Nantes. En avril 2016, il est nommé directeur de la Colline-théâtre national, Paris.
C’est en 1997 qu’il effectue un virage en montant Littoral (1997), qu’il adaptera et réalisera également au cinéma en 2005. S’ensuivent Rêves (2000) puis Incendies (2003), qu’il recrée notamment en russe au Théâtre Et Cetera de Moscou. Forêts paraît en 2006. En 2008, il écrit, met en scène et interprète Seuls. En 2009, il se consacre au quatuor Le Sang des Promesses, qui rassemble, en plus d’une nouvelle version de Littoral, les spectacles Incendies, Forêts et une nouvelle création, Ciels. Wajdi Mouawad propose en 2011 la pièce Temps.
Il écrit également des pièces pour la jeunesse, Alphonse (1996), Pacamambo (2000) et Assoiffés (2007) ainsi que les romans Visage retrouvé (2002) et Anima (2012) (grand prix Thyde Monnier de la Société des Gens de Lettres, prix Phénix de la Littérature au Liban et prix littéraire du deuxième roman de Laval, entre autres).
Il a porté au plateau les sept tragédies de Sophocle en trois opus : Des Femmes composé de Les Trachiniennes, Antigone, Électre(2011), Des Héros avec Ajax un cabaret et OEdipe Roi (2014), puis Des mourants rassemblant Philoctète une conférence et OEdipe à Colone une expérience (2015). Ces trois opus ont été suivis par une présentation de l’intégrale sous le titre Le Dernier jour de sa vie dans le cadre de « Mons 2015, capitale européenne de la culture ».
De plus, il écrit et met en scène un nouveau cycle Domestique, qui dans la lignée de Seuls, prolonge sa recherche autour d’univers familiers, avec la création de Sœurs (2014) bientôt suivie de Frères, Père et Mère.
Wajdi Mouawad a reçu plusieurs prix pour ses textes, ses productions et ses mises en scène, notamment le Prix littéraire du Gouverneur général du Canada dans la catégorie Théâtre pour Littoral (2000), le prix de la Francophonie de la Société des auteurs et compositeurs dramatiques (SACD) pour l’ensemble de son oeuvre (2004), un Doctorat Honoris Causa de l’École Normale Supérieure Lettres et Sciences humaines de Lyon (2009) et le Grand Prix du Théâtre de l’Académie française pour l’ensemble de son oeuvre dramatique (2009). Il est également Chevalier de l’Ordre National des Arts et des Lettres de France (ensemble de l’œuvre, 2002), Officier de l’Ordre du Canada (ensemble de l’œuvre, 2009) et Chevalier de l’Ordre National du Québec (ensemble de l’œuvre, 2010). Sa première création en tant que directeur de La Colline, Tous des oiseaux, présentée à l’automne 2017, voyage depuis en France et à l’international. La pièce a gagné le Grand prix de L’Association Professionnelle de la Critique de Théâtre, de Musique et de Danse pour la saison 2017/2018.
Traduites en plus de vingt langues, les œuvres de Wajdi Mouawad ont voyagé sur cinq continents en étant produites et présentées par des théâtres allant du Japon au Brésil, en passant par la Corée, la Scandinavie, l’Allemagne, l’Espagne, le Maroc, l’Angleterre, les Etats-Unis, le Mexique, l’Argentine ou l’Australie, entre autres. Wajdi Mouawad continue de s’illustrer à travers le monde par la vigueur de sa parole et la singulière netteté de son esthétique théâtrale, exprimant l’idée que « l’art est un témoignage de l’existence humaine à travers le prisme de la beauté ».
