enfantillages - Copie

Enfantillages

Quand Raymond Cousse porte un regard d’enfant sur le monde des grands, cela donne un spectacle truculent et émouvant.

Enfantillages nous fait voyager dans l’enfance en suivant le récit d’un petit garçon attendrissant.

A travers ses yeux, les personnages défilent. Son regard se porte, tour à tour, sur le boucher, qui tue les animaux dans la cour de derrière ; le commis du boucher, dont on ne connaît l’anatomie qu’à travers la serrure de la porte ; la femme du garde champêtre dont on a tué le chat et qui redoute de se le voir servir par le boucher en guise de bifteck ; l’instituteur de la République qui a un mal fou à maîtriser sa classe, à moins que ce soit la classe qui ne maîtrise l’instituteur devenant fou ; le curé cherchant à trouver les mots justes pour expliquer ce qu’est le paradis, l’âme ; la sœur de Marcel et Marcel, l’ami pour toujours…

Tout ce beau monde se croise et prend vie dans les yeux et dans les mots d’un enfant.

Un texte empreint de joie, de naïveté, de rire et d’émotion.

Raymond Cousse fait le récit de l’absurdité, de la cruauté et de l’injustice du monde. Ce monologue, écrit avec une stupéfiante exactitude, un style exceptionnel, fut salué par Beckett et Ionesco.

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Extraits

J’essayais comme j’avais vu dans la cour du boucher les vaches les bœufs le moutons allongés sans manteau dans la cour du boucher même les petits veaux je regardais derrière la serrure en montant sur une brique et Marcel regardait aussi derrière la serrure en montant sur la brique avec Marcel on regardait tous les deux derrière la serrure en montant sur la brique on regardait et on voyait enfantillages_web-19

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Avec Marcel on riait on se disait c’est comme la mère Michel avec son chat et le père Lustucru avec ses œufs frais la mère Michel avait perdu son chat c’est le père Lustucru qui l’avait volé il l’emportait chez lui dans sa musette pour le faire cuire dans sa marmite avec ses œufs fraisenfantillages_web-22

 

enfantillages_web-1Les quatre fers en l’air derrière la serrure ce n’était plus la serrure de la porte de la cour de la boucherie c’était la serrure de la porte de la chambre de la sœur de Marcel ce n’était plus les vaches les bœufs les moutons c’était la sœur de Marcel allongée sur son lit les quatre fers en l’air avec une bête pleine de poils entre les jambes

 

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Le commis du boucher sautait sur le lit il se couchait sur le lit il caressait la bête plein de poils de la sœur de Marcel et la sœur de Marcel caressait le zizi du commis du boucherenfantillages_web-33

La mère de Marcel était montée au ciel aussi (…) c’était parce qu’elle s’était trompée un jour qu’elle avait soif elle avait bu un litre de pétrole au lieu d’un litre d’eau de Cologne mais ce jour-là elle s’était trompée

 

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Le texte d’Enfantillages est un texte sérieusement ludique qui se distingue par une absence de ponctuation laissant libre cours au comédien pour laisser sonner, rebondir,
éclater les mots
.

Entretien avec Laurent Mascles

Comment avez-vous connu Raymond Cousse ?

J’ai connu Raymond Cousse par hasard lors d’une discussion, à la fin de mon spectacle La Mort Morte  de Ghérasim Luca, en Avignon, avec une programmatrice. Elle me dit que j’ai le profil idéal pour jouer une histoire de cochon de Raymond Cousse. J’ai donc cherché cette pièce. C’était Stratégie pour deux jambons , mon spectacle précédent.

Qu’est-ce qui vous plaît chez Raymond Cousse ?

En lisant  Stratégie pour deux jambons , j’ai été de suite absorbé par l’histoire. Mais surtout, par la verve, l’écriture. Le style de Raymond Cousse est extraordinaire. Extraordinaire par son éloquence et sa précision. Chaque mot fait mouche. Par l’entremise d’un cochon, il a le don de faire passer des messages subliminaux, qui, trente ans après, peuvent être interprétés comme étant toujours d’actualité. Il faut lire entre les lignes. Pour  Enfantillages, Raymond Cousse sait nous décrire chaque situation, chaque odeur, chaque personnage par un phrasé enfantin. Nous sommes de suite transportés dans cet univers à la fois idéalisé, juste, cruel et tendre.

Pourquoi monter deux fois de suite un texte de Raymond Cousse ?

Il y a des auteurs qui nous parlent plus que d’autres, qui arrivent à nous faire passer beaucoup d’émotion. C’est ce que je ressens en lisant Cousse. Raymond Cousse n’a pas écrit beaucoup de livres, ou du moins, pas assez. Il ne s’en est pas donné le temps. Mais chaque pièce a eu un succès international.

En lisant ses pièces, ses romans, ses essais et ses pamphlets, je me suis pris de sympathie pour lui et avec beaucoup d’empathie. Je pense qu’il y a beaucoup de lui dans ses textes, surtout dans  Enfantillages . Marcel n’est pas anodin et il n’est pas un personnage fictif. Raymond Cousse a eu un ami, très proche et mort très jeune, dont il ne s’est jamais remis de sa disparition. J’y reconnais Marcel dans  Enfantillages

Raymond Cousse était un écrivain hors du commun, grandiose et torturé. Son écriture me touche au plus profond de moi. A chaque lecture d’ Enfantillages, j’en frissonne d’émotion. C’est pour ces raisons que j’ai eu du mal à quitter l’univers de Raymond Cousse et que j’ai décidé de jouer Enfantillages.

Quels sont les points forts d’Enfantillages ?

Outre une écriture au cordeau, comme sait le faire Raymond Cousse, nous nous attachons très rapidement à ce garçonnet. Tour à tour, nous pouvons passer d’un sourire à l’angoisse, d’un éclat de rire à une très grande tendresse. Raymond Cousse parvient à mêler la poésie à des situations quelque peu crues sans y être vulgaire. Le monde de l’enfance y est extrêmement bien perceptible. Nous retournons à nos dix ans et nous fleurons le cours d’eau où il faisait bon de jouer à la course avec des bouchons de liège ; le goût amer des bêtises ; l’excitation des situations cocasses et la peur de se faire gronder. « Enfantillages » est un vivier de rapports humains, de générosité, de sentiments. L’écriture y est percutante. Ce qui demande une grande exigence sur le travail de l’acteur. Le public est de suite transporté dans la nostalgie de son passé.

« Enfantillages » séduit par son efficacité envoutante.

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Mise en scène – Serge IRLINGER

Serge Irlinger débute comme acteur à 19 ans au sein du Théâtre-Sous-la-Pluie, où il joue de 1979 à 1987 dans des mises en scène de J-M. Leroy. À 30 ans, il signe sa première mise en scène Le temps des Lumières d’après Voltaire, Rousseau, Diderot… au Centre Dramatique National de Nancy dans le cadre du Marathon-Théâtre. Cette pièce qui connaît un grand succès public est jouée dans toute la France. C’est au cours d’une tournée en Charente-Maritime qu’il met en place sur l’île de Ré un projet de théâtre dans le cadre des « Arts au Soleil ».

En 1993, il crée sur le port de Loix-en-Ré La nuit des rois de W. Shakespeare, pièce dans laquelle il joue le rôle de Sir André, dans le cadre des Arts au soleil. Puis grâce aux aides de la DRAC Poitou-Charentes, du Conseil Régional Poitou-Charentes, du Conseil Général de la Charente-Maritime, de la Communauté de Communes de l’île de Ré, il a mis en scène une quinzaine de pièces tournées en région et en France.

En 1994, il investit un petit théâtre d’été sur l’île de Ré où sont jouées en alternance Il faut qu’une porte soit ouverte ou fermée d’A. de Musset et Des Rillettes chez les Boulingrins de G. Courteline où il interprète le rôle de Monsieur Bouligrin.

En 1995, Angelo, tyran de Padoue de V. Hugo est créé en résidence à La Maline, salle du second cercle sur l’île de Ré.

En 1996, Le Guetteur à marées de L. Huselstein et V. Aliouche, est joué dans le département de la Charente-Maritime.

En 1997, le Théâtre de l’Utopie dirigé par P. Collet et D. Vlaneck co-produit Amphitryon de H. Von Kleist. (Rôle : Mercure).

En 1998, la scène nationale de La Rochelle, La Coursive, invite la compagnie à jouer Une Tempête d’A. Césaire dans le cadre de Théâtre et Compagnies. (Rôles : Gonzalo et Trinculo). La même année, S. Irlinger, curieux de tout, avide d’explorer toutes les formes de théâtre, délaisse momentanément les classiques et n’hésite pas à s’engager dans de nouvelles voies: théâtre d’images, déambulatoire au sein d’un collectif de compagnies, Quai n°3, réuni à La Fabrique du Vélodrome, lieu alternatif à La Rochelle.

De 1999 à 2002, il a poursuivi un travail sur le dramaturge B-M Koltès (ateliers, lectures, mises en espace). Sa mise en scène de Roberto Zucco a été co-produite par le Centre Dramatique Poitou-Charentes dirigé par C. Lasne et L. Darcueil et diffusée grâce au Fonds d’Aide Régional à la Diffusion. (Rôles : l’inspecteur, un homme, un travesti).

En 2002, il met en scène Dreyfus et le cul-de-jatte Bernard de J-J. Vergnaud au côté de L. Huselstein. Son interprétation du capitaine A. Dreyfus lui a valu l’estime du public et de la presse au Festival off d’avignon 2002. Cette pièce n’a cessé d’être jouée en France et à l’étranger pendant dix ans. La crise de l’intermittence en 2003 l’amène à s’interroger sur la condition, le rôle du comédien dans la société actuelle et sa relation avec le pouvoir à travers le magnifique roman de M. Boulgakov, La vie de Monsieur de Molière adapté par L. Huselstein. Cette création originale a été jouée à guichets fermés au Festival d’Avignon en 2005 et en 2006 et tournée en France jusqu’en 2009.

En 2008, il retourne à B-M Koltès et monte Combat de nègre et de chiens, créée à La Maline/ARDC, présentée à Avignon et sur les scènes de la Région Poitou-Charentes.

En 2009, il interprète Les Passeurs de Portes, spectacle de rue, dans le cadre du Festival Passe-Portes aux Portes en Ré (Président B. Faivre d’Arcier) et en 2010 au Festival International de Rue d’Aurillac.

En 2011, il monte un de ses auteurs favoris : B. Brecht, où outre la mise en scène, il assure les rôles d’un marchand, un gars, un berger… Jean la Chance, une pièce de jeunesse de l’auteur, a été jouée jusqu’en 2012 pour une quarantaine de représentations avec six comédiens et deux musiciens grâce aux aides à la production du Ministère de la Culture/DRAC Poitou-Charentes, de la Région Poitou-Charentes, du Conseil Général de la Charente-Maritime, de l’ADAMI et de LA SPEDIDAM.

En 2011, il met également en scène et joue dans A la Cour des Fables d’après Jean de La Fontaine.

En 2012, il met en scène un spectacle destiné aux résidents des maisons de retraite, Scène et Chant.

En 2013, il reprend son travail sur la narration avec Cendrillon ou depuis quand la marâtre aime-t-elle les enfants de son mari de L. Huselstein d’après les Cendrillon du monde.

Il se met également au service de jeunes compagnies : pour la compagnie La vie est ailleurs, il a co-écrit et mis en scène La conférence sur l’art de l’acteur, spectacle créé au Festival Mimésis de La Rochelle en 2012 ; pour la compagnie Terre sauvage, il a mis en scène Nez à Nue, joué au Festival Off d’Avignon 2012 et 2013 et tourné dans plusieurs régions de France. Pour les Amis des Fortifications de Saint-Martin-de-Ré, il a mis en scène Les Amants de Molière, d’après Molière, dans le cadre des festivités organisées à l’occasion du classement des fortifications Vauban de Saint-Martin-de-Ré au Patrimoine Mondial de l’Humanité.

072 3 2Laurent MASCLES,
un comédien au parcours
atypique et audacieux

Malgré une fantaisie et un goût de la mise en scène précoces, l’univers familial de Laurent Mascles ne le prédisposait pas à embrasser une carrière artistique. Né en 1969 à Rodez en Aveyron, il oriente ses études vers les métiers de la mode. Son parcours professionnel le mènera à Lille, Paris puis Brest.

Il rencontre le théâtre lors d’un atelier avec une troupe d’étudiants à Lille : il devient le pompier de la Cantatrice Chauve de Ionesco. Ce n’est que plus tard à Brest que les choses sérieuses commencent. En 2005, Laurent Mascles entre dans la classe d’art Dramatique de L’ENMDAD de Brest. Il suit les enseignements de Sylvian Bruchon et Régine Trotel, Madeleine Louarn, Patricia Jeanneau, Pascal Decolland Valérie Blanchon.

En juin 2009, il obtient son Certificat d’Etude Théâtrale.

Toujours soucieux de multiplier les expériences, il suit par ailleurs, de nombreux stages avec la Compagnie Les Lucioles, Philippe Calvario, Cédric Gourmelon, Giselle Vienne, Jonathan Capdevielle,  Peppe Robledo, Etienne Bideau-Rey, Valérie Filippin, Julie Bérès…

En 2008, il quitte définitivement le monde de l’entreprise pour se vouer entièrement à sa passion. Dès lors, il enchaine les créations :

  • En 2008, il crée Debout et libre, une réflexion théâtrale sur le thème de l’esclavage à partir de textes d’Aimé Césaire. Il participe également à Enrico V  de W. Shakespeare, mis en scène par Pippo Delbono.
  • En 2009, il met en scène La Mort Morte de Ghérasim Luca. La beauté de ce texte et la pertinence de la mise en scène lui valent des retours enthousiastes lors du Festival OFF d’Avignon en juillet 2010
  • En 2011, il met en scène  Stratégie pour deux jambons de Raymond Cousse et le présente au Festival OFF d’Avignon. Le spectacle est en tournée sur la France entière pour trois saisons, jusqu’en décembre 2013.
  • En 2014, Serge Irlinger le met en scène dans Enfantillages, toujours de Raymond Cousse. Succès fulgurant lors de la première au Vauban à Brest puis, au Festival OFF d’Avignon 2014. Pour 2015, la pièce se jouera à guichet fermé lors du Festival Oups! à Brest et entamera une tournée à Fréjus avant de retourner au Festival OFF d’Avignon en juillet 2015.

PRESSE

le poulailler

Chroniques culturelles du bout du monde

Enfantillages… un mot créé par les adultes !

by Anne-Marie GANDON

Et le spectacle finit, là où il a commencé : caché sous un drap blanc, allongé sur la scène, le petit garçon joue à essayer de devenir mort, comme pour oublier sa tristesse. Mais moi, spectatrice, j’ai envie d’inverser le sort : « on aurait dit que Marcel ne serait pas mort et que les deux petits garçons auraient continué à faire courir les bouchons dans les ruisseaux, les jours de pluie ». Et même que pour une fois, tout le monde aurait gagné, même le deuxième arrivé en bas de la côte. L’innocence aurait été plus longtemps préservée, des milliers de questions auraient encore été posées…
Ce texte puissant, précis, puise sa force dans son style direct, imagé parfois (la bête pleine de poils), cru aussi. Certains passages descriptifs jouent sur la répétition de morceaux de phrases, comme le font parfois les enfants. Cela peut créer des longueurs, mais donne aussi au texte son pouvoir évocateur : les images apparaissent d’elles-même. La mise en scène très sobre de Serge Irlinger va donc comme un gant. Les quelques éléments de décor ne sont dévoilés qu’en temps utile et parfois détournés, habilement, selon les besoins. Le travail principal est donc celui du comédien, Laurent Mascles, qui assume avec brio tous les personnages de ce texte : de l’enfant à l’aguicheuse sœur de Marcel, en passant par l’instituteur et le curé, tous deux proches de l’hystérie… Le travail corporel est juste, précis; la palette de voix déployée est à noter. L’accent de l’enfant-conteur, connoté du sud, donne une tonalité Pagnolesque qui colle à la peau du texte.

Dans ce spectacle, il y a le soleil, mais aussi les ombres qui meurtrissent les enfants.

Transportés dans cet âge, curieux et naïf, plein de bon-sens, on aimerait sentir l’odeur rassurante de l’encre sur les tables en bois et oublier l’impermanence des choses, la disparition des êtres chers. Spectacle sur l’enfance, mais pas nécessairement pour les enfants, il interroge le spectateur sur sa propre part sombre. Il invite chacun à regarder bien en face toute l’absurdité du monde (à chacun de s’essayer à la reconnaître!). « Enfantillages » est une piqûre de rappel, comme une invitation à retrouver un regard enfantin sur les choses : le regard du cœur.

3 juillet 2014 – Théâtre / adultes / enfant / enfantillages / laurent mascles / Serge Irlinger / Théâtre / Vauban

 

Article de presse LA PROVENCE

Art en scène

Enfantillages (***)

Publié le Mercredi 16/07/2014 à 18H22

« Enfantillages » est un spectacle qui nous fait retourner en enfance à travers le récit d’un petit garçon attachant. Il nous témoigne de ses aventures auprès de son copain Marcel, parle du boucher et de ses cochons d’Inde, de son instituteur devenant fou, du curé qui tente tant bien que mal de lui expliquer la vie, la mort et l’âme humaine ou encore de la sœur de Marcel et de sa « bête poilue ».
Ce monologue de Raymond Cousse relate donc de chaque épopée enfantine, jouant sur la naïveté et l’innocence du personnage.
Un texte de ce genre n’est pourtant pas facile à interpréter ni à mettre en scène mais Serge Irlinger réussit à diriger Laurent Mascles de façon adéquate pour qu’il nous transmette l’émotion et l’humour du texte. La gestuelle du comédien rappelle l’univers enfantin et les cours de récréations. Il jongle facilement entre les répliques des différents personnages et nous plongeons dans ce récit humain. Dommage que ce spectacle qui ne s’adresse pas au public le plus jeune car il contient quelques passages un peu déplacés.

Théâtre. Jusqu’au 27 juillet, 16h30. 15€/10€/5€. 04 90 85 47 38. www.artenscene-avignon.com

Marie Dumas

 

 

LE BRUIT DU OFF

AVIGNON OFF : « ENFANTILLAGES » A L’ART EN SCENE THEATRE

Posted by lefilduoff on 18 juillet 2014

AVIGNON OFF : « Enfantillages » à l’Art en Scène Théâtre jusqu’au 27 juillet à 16h30.

Vous savez cette pièce que l’on cherche tous. Se débattant entre les tracts, affiches et les quelques mots se trouvant dans le programme du off. Cette pièce-là, dont le souvenir restera à tout jamais dans votre mémoire, celle dont vous ne pourrez-vous passer de parler, celle pour laquelle ce que vous avez ressenti est tellement intense, qu’il vous faudra plusieurs longues minutes avant de retrouver vos esprits et vos mots… Cette pièce-là !!!!

Évidemment le visuel est important, et c’est ce qui va, aux premiers abords, vous donner envie, ou pas, de découvrir quelqu’un ou quelque chose! C’est tout ce dont dispose une compagnie, pour vous « appâter »…Et bien, dans un premier temps, c’est l’affiche de cette pièce qui m’a parlé puis les quelques phrases, me racontant comment un petit garçon attendrissant allait me faire voyager, et me replonger en enfance au travers de différents personnages. Le boucher, le commis du boucher, le prêtre, la mère Michel et son chat, le père Lustucru et ses œufs frais, sans oublier Marcel mais également la sœur de Marcel et sa « bête à poils »…

Tour à tour, son regard se porte sur chacun de ces personnages, avec une tendresse et une émotion, hors du commun. Un voyage, qui ne nous laisse pas de marbre, les sujets traités sont aussi douloureux que joyeux, on va entre autres, découvrir comment un petit garçon, découvre avec son ami Marcel, l’anatomie d’une femme regardant à travers la serrure de la porte de sa chambre, mais également comment un prêtre durant les leçons de catéchisme, va tant bien que mal, essayer de trouver les mots justes pour répondre aux questions de ce jeune garçon, la cruauté d’un boucher, armé de sa hache et autres couteaux…

Un instituteur tyrannique, œuvrant pour la « République », tentant par tous les moyens, et même sous la menace de maîtriser sa classe. La liste est, bien sûr, non exhaustive, et c’est avec un talent rare, que Laurent Mascles, adapte avec tant de poésie et d’émotions, « Enfantillages », de Raymond Cousse. Dès le lever de rideau, le regard de cet enfant vous pénètre, il est à la fois attachant, naïf, et réussi le pari de faire vivre ses personnages aux travers de ses yeux. La mise en scène de Serge Irlinger, y est bien évidemment pour beaucoup, pas de surcharge de décors, simplement quelques draps, dévoilant une chaise, ou deux…

Le récit est puissant, traitant de l’absurdité, de la cruauté et de l’injustice du monde, et des Hommes, c’est un monologue précis, aux mots justes, aux intonations parfaites, capable d’aborder la pédophilie, l’homosexualité, le paradis, la mort… Avec douceur et subtilité. On en sort complètement bouleversé, les jambes tremblantes, les frissons nous parcourent le corps, les larmes emplissent nos yeux. Un grand, un très grand moment de théâtre.

Émilie Touat

 

AVINEWS

Dans l’actu ENFANTILLAGES

La découverte du monde des adultes, de la sexualité, de la mort, sont universels et intemporels mais la perte de la naïveté emprunte aujourd’hui d’autres chemins.

LE PITCH

D’après un texte de Raymond Cousse, nous accompagnons les déambulations de deux copains à la découverte de la vie par des expériences tour à tour, drôles et tragiques.

L’AVIS DU FESTIVALIER

Raymond Cousse écrit « Enfantillages » à l’âge de 25 ans, en 1967. Il n’a pas oublié son enfance, et garde les yeux de l’innocence pour décrire cette période indéfinissable où les réalités de la vie remplacent parfois brutalement les douceurs feutrées de l’enfance. Marcel son inséparable copain, et lui préfèrent siroter de la limonade, épier les adultes du village derrière les trous de serrure; guetter les enterrements que d’explorer la bête pleine de poils de la soeur de Marcel. Qu’on se rassure, ce n’est que partie remise. La mise en scène de Serge Irlinger vive et légère, permet à l’acteur Laurent Mascles de prendre toutes les dimensions des personnages qu’il incarne. Il virevolte ainsi entre l’instituteur, la soeur et le père de Marcel sur une scène où les accessoires ne sont que chaise, prie-Dieu et linceul.

Et bien sûr il porte à merveille la rondeur naïve et souriante du garçonnet. Son accent ensoleillé pare l’école du village de couleurs du sud et les années 50 transpirent dans le regard désuet de l’enfant. Cela donne au texte une couleur sépia qui le distancie du monde contemporain. La syntaxe garde la simplicité enfantine, les phrases sont courtes, les répétitions nombreuses, et elles alourdissent souvent le texte. La découverte du monde des adultes, de la sexualité, de la mort, sont universels et intemporels mais la perte de la naïveté emprunte aujourd’hui d’autres chemins. Même si on peut le regretter, on ne peut que constater que le décalage. Reste un moment de qualité au goût de mistral gagnant et au parfum de guerre des boutons.

ART EN SCÈNE Entrée rue Râteau (parallèle rue des Teinturiers) – 84000 Avignon

16h30 durée 1h15mn du 5 au 27 juillet tarif : 15€ tarif adhérent public : 10€ tarif

enfant (-12 ans) : 5€ Réservation +33 (0)4 90 85 47 38

par Anny Avier le 21/07/2014 à 06:14